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Etre mâle sans faire mal

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Il y a deux semaines, nous avons accueilli sur la ferme une formation organisée par le Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique intitulée « La relation homme-animal et le comportement des animaux ». Cette formation était animée par une vétérinaire hors norme qui a choisi, il y a plus de 30 ans maintenant, de ne plus prescrire aucun médicament. Son approche est centrée sur une observation très fine du comportement des animaux afin de déceler l’origine de leurs maladies. Et ce afin d’agir sur leurs causes et non de mettre un pansement sur leurs conséquences.

Profitant de la présence de cette vétérinaire atypique sur notre ferme, nous lui avons parlé d’un problème que nous avons depuis 5 ans maintenant et que, malgré toutes nos tentatives, nous n’avons pas réussi à solutionner. Le problème est le suivant : une baisse constante et inexorable du volume du lait.  Nous avons pourtant tout essayé : augmenter les quantités d’aliments dans les rations, modifier l’ordre dans lequel nous les distribuons, rajouter des abreuvoirs pour qu’elles aient un meilleur accès à l’eau, acheter des aliments de meilleure qualité, modifier nos prises de terre (les animaux sont très sensibles aux courants électriques) etc. Et malgré tout cela rien n’y a fait : nous avons atteint sur la campagne 2022/2023 notre plus bas niveau jamais atteint.

Durant les 2 jours de la formation, la vétérinaire en a profité pour faire ses observations et nous a rendu un verdict pour le moins surprenant: « il y a un problème de mâle sur cet élevage » nous a t’elle dit.  Je ne rentrerai pas ici dans le détail de ses observations (qui nécessiteraient un développement beaucoup plus large que cet article) et me contenterai de vous livrer son diagnostic: nos brebis ne ressentant pas les béliers bien assis dans leur fonction de mâle, elles se sont mises en mode « vacances ». Produisant du lait largement en dessous de ce dont elles sont capables.  Mais ce qui est encore plus surprenant, et qui est important à retenir, c’est que cette conclusion fait écho à l’histoire personnelle de l’éleveur qui s’en occupe. Et c’est d’ailleurs toute la thèse de cette vétérinaire : les « maladies » des animaux ne sont que le reflet des dysfonctionnements de leur environnement (conditions sanitaires, environnementales etc.) dont les humains font partie. Les problèmes d’élevage peuvent donc parfois venir des éleveurs: de leur histoire, de leurs malaises, des émotions qu’ils expriment et que les animaux ressentent en une fraction de seconde. Les animaux sont nos compagnons : ils sont là pour nous aider à grandir en Humanité si tant est que nous acceptions d’aller regarder à l’intérieur de nous de quoi parle leur « maladie ».

Au delà de cette prise de conscience pour notre ferme, cette formation m’a interpellée sur le rôle de la fonction mâle en général. Je me suis dit : «  si une fonction mâle insuffisamment vécue génère autant de dysfonctionnements sur une ferme, qu’en est t’il d’une fonction mâle insuffisamment vécue au niveau de la société? » Nous sortons de plusieurs millénaires de patriarcat où la fonction femelle a été, il faut le dire, totalement malmenée et dénigrée. Nul doutes là dessus. Mais pour avoir échangé avec des hommes (dont mon mari) et des amies qui ont des hommes dans leur vie, ce que j’observe c’est que la vague Mee Too a fortement perturbé les hommes dans leur fonction mâle. Beaucoup d’entre eux ne savant plus comment être, comment se comporter vis à vis d’une femme. La question du consentement, qui est fondamentale évidemment, est devenue une obsession pour certains hommes qui n’osent plus aller vers une femme par peur qu’elle ne lui reproche, a postériori, qu’elle n’était pas consentante. Mon objectif n’est pas ici de débattre de ces questions qui sont profondes et  qui mériteraient de plus amples réflexions. Mais juste d’interpeller sur ce point : quand une fonction, quelle qu’elle soit  va mal, c’est tout le collectif qui va mal.

Donc soyons vigilent à nos hommes et à aidons les trouver comment ils peuvent être mâles sans faire mal. Afin que leur fonction continue à s’exprimer pour le bénéfice de tous.

Mots clés : fonction mâle, élevage, Mee too